La rue étroite et froide, parsemée de trottoirs aussi irréguliers que les personnalités
les gens qui les parcourent, ressemble à une mosaïque.
Un sol imparfait, imprévisible qui a du mal à se familiariser au dos des personnes qui semblent s'assoupir. Un revêtement de plus en plus dure au fil d'une nuit noyée par le temps qui paraît s'être allongé.
La rue se transforme en sens unique, comme une issue inéluctable. Face à l'effroi, il y a le froid, face à l'intolérance il semble persister comme recours l'impuissance.
La rue comme un lieu de débauche vous fauche les poches vidées d'une pensée oubliée.
Le décor s'assombrit mais les vies persistent. Les lampadaires, lumières éphémères, ressemblent à des bougies quand la vision diminue et que la respiration ralentit.
Les gens se croisent de manière incertaine sans se regarder mais n'oubliant pas que quelqu'un est à coté, pas trop loin mais pas trop près.
La rue devient comme un dernier symbole d'une liberté amenuisée. Les mains ridées jaillissent parfois depuis une couche de papier pour réajuster une couverture attaquée par le vent glacial. Une différence se créée au fil des saisons : les journées s'allongent avant de céder à leur tour la place aux nuits redynamisées par l'hiver. Il fait pourtant froid tous les jours de l'année, la fatigue et la maladie étant le véritable thermomètre de ces êtres.
La mort guette, tout juste en face de l'espoir. Entre contradictions et frictions, des hommes se côtoient, se confrontent pour épier l'autre dans sa souffrance en ne quittant pas la bourse qui est soigneusement cachée sous un drap pourtant troué. Il devient utile de dormir avec un compagnon, parfois le meilleur compagnon de l'homme.
En plus d'être chaud l'animal est fiable, à l'affût malgré sa maigreur et fidèle même dans la tempête.
Les jours se faufilent mais parfois le temps se suspend avec le gel avant de reprendre son décompte quand les rayons traversent la brume.
La rue n'est plus tranquille, on y trouve de moins en moins d'espaces publics même les arbres finissent par être numérotés.
Parfois les bourgs de la ville sont boisés alors on dresse des morceaux de bois humides et craqués pour tenir une bâche, des réflexes de charpentier face aux nuages trempés qui vous guettent. Un gourde de vin divin sorti d'un écrin pour se réchauffer et s'apaiser, accompagne parfois une soupe incertaine pas toujours au rendez-vous et pas toujours désirée.
Les yeux fermés, on observe par le silence l'environnement mouvant.
